Dans la rue, il était midi ou peut-être plus tôt ou plus tard, je ne sais plus très bien. Je l'ai vue passer la femme aux cheveux noirs, remontés au dessus de sa nuque, accrochés avec une pince en métal dégageant sa nuque que je pouvais deviner de si loin. Sa fille à deux pas devant elle, sautillante. Elle m'a troublé. Elle avait une veste claire acidulée, fraîche comme un printemps, la fleur accrochée à son manteau. Je ne l'ai vue que 10 secondes, mais elle est restée là, flottante dans l'espace subtil et inconditionnel de mon émotion.
La faim me tiraillant, je prends le bus 80 pour aller manger en centre ville, après quelques minutes, elle est là. La femme que j'ai vue dans la rue, juste à côté de moi. Je peux déjà sentir sa présence, son allure, la séduisante forme de son cou comme si on pouvait s'y poser comme au creux d'un nid, les mèches de ses cheveux dessinant des spirales dans son cou. Comme j'aurais aimé pouvoir lui parler à cette femme, celle que j'avais vue quelques minutes plus tôt dans la rue. Mais voilà je me contentais de son image, toute proche de moi.
Et puis nous avons pris les même directions, nos pas involontaires nous emmenant loin sur les chemins buissonniers, comme un tango improvisé où chaque basculement de rythme invite au mouvement des deux corps. Et puis je lui ai adressé la parole finalement, comme un soupçon tout à fait naturel, comme une lègère brise de printemps, les sons ont pris la forme de mots. « Je vous trouve très séduisante. » Elle m'a souri, elle a posé son sac et nous avons commencé à parler. Notre discussion a oublié le temps et pendant les quelques heures qui ont suivi, il n'existait qu'elle.
Ses cheveux noirs toujours au dessus de la tête, dégageant sa nuque, elle a été l'encre noire de mon désir pour un après-midi jusqu'au chuchotement de la soirée, où je l'ai quittée, malheureusement.